21 juillet 2008
A mon mec
A vous ces vers de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.
C'est qu'hélas! le hideux cauchemar qui me hante
N'a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu'il ensanglante!
Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d'Eden n'est qu'une églogue au prix du mien!
Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d'après-midi;
- Cheri, - par un beau jour de septembre attiédi.
D'après Verlaine
Mon rêve (gay) familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'un homme inconnu, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait le même
Ni tout à fait un autre, et m'aime et me comprend.
Car il me comprend, et mon coeur, transparent
Pour lui seul, hélas! cesse d'être un problème
Pour lui seul, et les moiteurs de mon front blême,
Lui seul les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-il brun, blond ou roux ? - Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
(d'après Paul Verlaine, poème que je traduis ici en "version Gay")
02 juillet 2008
Mille e tre
Mes amants n'appartiennent pas aux classes riches :
Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux;
Leurs 18 et leurs 20 ans sans apprêts sont mal chiches
De force assez brutale et de procédés gros
Je les goûte en habit de travail, cotte et veste ;
Ils ne sentent pas l'ambre et fleurent de santé
Pure et simple; leur marche un peu lourde, va, preste
Pourtant, car jeune, et grave en l'élasticité;
Leurs yeux francs et matois crépitent de malice
Cordiale et des mots naïvement rusés
Partent non sans un gai juron qui les épice
De leur bouche bien fraîche aux solides baisers;
Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses
Réjouissent la nuit et ma queue et mon cul;
Sous la lampe et le petit jour leurs chairs joyeuses
Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.
Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,
Mémoire, pieds, coeur, dos, et l'oreille et le nez
Et la fressure, tout, gueule une ritournelle,
Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.
Un chahut, une ritournelle fol et folle
Et plutôt divins qu'infernals, plus infernals
Que divins, à m'y perdre, et j'y nage et j'y vole,
Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.
Mes deux Charles l'un jeune tigre aux yeux de chatte,
Sorte d'enfant de choeur grandissant en soudard,
L'autre, fier gaillard, bel effronté que n'épate
Que ma pente vertigineuse vers son dard.
Odilon, un gamin, mais monté comme un homme
Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils
Mieux encor mais pas plus que de son reste en somme
Adorable drûment, mais ses pieds nonpareils !
Caresseurs, satin frais, délicates phalanges
Sous les plantes, autour des chevilles et sur
La cambrure veineuse et ces baisers étranges,
Si doux, de quatre pieds ayant une âme, sûr !
Antoine, encor ! proverbial quant à la queue,
Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,
Taraudant tout mon coeur de sa prunelle bleue
Et tout mon cul de son épouvantable épieu;
Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes
Poitrine blanche aux durs boutons sucés ainsi
Que le bon bout; François : souple comme des gerbes
Ses jambes de danseur, et beau, son chibre, aussi !
Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle
(Il était bien joli quand ça nous arriva)
Jules un peu putain avec sa beauté pâle.
Henri, miraculeux conscrit qui, las ! s'en va ;
Et vous tous ! à la file ou confondus, en bande
Ou seuls, vision si nette des jours passés,
Passions du présent, futur qui croît et bande
Chéris sans nombre qui n'êtes jamais assez !
1891 d'après Hombres de Paul Verlaine
Liebessonete
August
von Platen (1796-1835)
Liebessonete
(Sonnets
à l’aimé[1])
O dass die Blume nicht umsonst verdüfte,
Lass Wang an Wange hier uns ruhn im
Düstern,
Und Brust an Brust gedrängt und Hüfte an
Hüfte. (…)
Wie ein Verlorner an verlassner Küste
Seh ich verzweifelnd um mich her und
weine :
Wo ist ein Blick, der glänzte wie der
deine ?
Wo ist ein Mund, der wie der deine
küsste ? (…)
Ich liebte manchen Freund und ward
betrogen ;
Doch mag die Welt in diesen Blättern
lesen,
Dass ich dich allen Andern
vorgezogen. (…)
Doch wenn vor Liebe deine Worte beben,
O so verleihst du, Freund ! mir
mehr in diesen,
Als meiner Kunst beschieden ist zu
geben. (…)
[1] « … »
. Si tu connais l’allemand ?